Vous attendez des jumeaux et vous vous sentez spéciaux, élus, privilégiés? Vous avez bien raison. Au Québec, la proportion des naissances multiples est d’environ 3 % — précisément 2,9 % en 2017 selon l’Institut de la statistique du Québec.
Maintenant que vous vous savez parents d’un programme double, il faut déterminer la variété de vos jumeaux. Ça fait drôle à dire, mais il en existe plusieurs « sortes », et celle qui vous est tombée dessus influencera le suivi de la grossesse.
Prenez moi, par exemple. J’attends des jumelles identiques, donc monozygotes : c’est carrément deux petites dames issues du même ovule fécondé par le même spermatozoïde. Pour une raison que la science ne s’explique toujours pas, cet œuf, sitôt fécondé, part sur une sérieuse chire et se divise en deux. Même bagage génétique des jumeaux. Même sexe assuré. Ressemblance frappante. Une moitié gentille, l’autre maléfique — non non, je niaise.
La première chose à savoir sur vos jumeaux, donc, est s’ils sont monozygotes ou dizygotes. Les jumeaux qui ne sont pas identiques (donc dizygotes), c’est juste des frères ou des sœurs qui ont décidé de naître la même journée, sans doute par sens du spectacle fort aiguisé. Il s’agit de deux ovules fécondés chacun par un spermatozoïde.
Pourquoi est-ce important? Parce que les dizygotes auront automatiquement chacun leur patrimoine génétique, leur placenta et leur poche amniotique. C’est aussi le seul cas où le sexe des jumeaux peut différer.
Les monozygotes, eux autres par exemple, oh, oh! EUX, ils se présentent de plusieurs façons, tout dépend du moment où l’œuf se scinde en deux. Si c’est au tout début de la fécondation, les deux fœtus auront chacun leur placenta et leur poche amniotique, comme les dizygotes. Si l’œuf fécondé décide de faire son fanfaron quelques jours plus tard, les bébés jumeaux partageront le même placenta, mais chacun aura sa poche amniotique (voilà la situation dans laquelle je me trouve). Et le plus rare des cas, c’est quand l’œuf, au tout dernier moment, soit après le 8e jour de fécondation, considère que, à bien y penser, il est assez fabuleux pour fournir en qualités deux personnes au lieu d’une seule. Les bébés partageront alors le même placenta et la même poche amniotique. Il se peut même qu’ils se tiennent la main au sortir du ventre de leur mère, comme ces deux poupounes beaucoup trop mignonnes.
Revenons à moi. Moi moi moi. Ma grossesse est donc gémellaire monozygote monochoriale (un seul placenta) biamniotique (chacun sa poche amniotique, pas de chicane).
Possibles désagréments
Déjà, parce que j’attends des jumelles, je vais prendre plus de poids que les femmes qui attendent un seul bébé — jusqu’à 54 livres et le médecin ne m’en tiendra pas rigueur. Je risque d’être complètement alitée jusqu’à l’accouchement (pour l’instant ça va, je suis à 33 semaines et j’ai le droit de vagabonder), de faire de l’hypertension, de souffrir de prééclampsie ou d’anémie, de faire du diabète de grossesse, qu’un des deux fœtus ait un moins bon accès au placenta, donc qu’il ne grandisse pas aussi vite que l’autre, et d’accoucher avant le temps — plus de la moitié des grossesses gémellaires se concluent avant 37 semaines, ce qui n’est pas idéal pour les bébés, qui auraient besoin d’un peu plus de temps pour se développer.
Également, le fait que mes jumelles partagent le même placenta nous met particulièrement à risque. Mon médecin m’a effrité la tolérance au stress avec cette angoissante possibilité qu’est la venue du syndrome transfuseur-transfusé, un mal réservé aux grossesses monochoriales. Eh oui, des vaisseaux sanguins indésirables peuvent relier les cordons ombilicaux et les systèmes circulatoires des jumeaux. Là, un des bébés récolte tout le sang, l’autre n’en reçoit pas assez, et c’est dangereux pour tout le monde.
Ça n’arrive que dans 15 % des grossesses gémellaires monochoriales, et il existe des façons d’en venir à bout, mais la surveillance qui en découle va faire de vous ou de votre amoureuse une abonnée aux échographies. Tenez-le-vous pour dit.
Au moment d’écrire ces lignes, ma grossesse tire à sa fin — et heureusement, parce que ma démarche inélégante n’a d’égale que la douleur de mon bassin — et l’ombre du syndrome transfuseur-transfusé n’a plané qu’une seule fois sur nous. Vers 26 semaines, une des jumelles avait pris pas mal moins de poids que sa sœur, et il n’en fallait pas plus pour faire capoter les médecins et les infirmières. J’ai eu droit à un suivi encore plus serré, si une telle chose est possible, et finalement, la petite maigre a engraissé, clanchant même sa sœur deux semaines plus tard. Devinez c’était laquelle?
Ben oui, Bébé B.
Petit extra : concevoir des jumeaux identiques, ce n’est pas héréditaire. C’est le fruit du hasard et ça peut arriver à tout le monde. Ce qui est héréditaire, c’est de doublement ovuler et d’ainsi engendrer des jumeaux dizygotes. Et non, les jumeaux ne sautent pas une génération. Que j’en voie un autre me poser la question.
Sources :
Jumeaux : mission possible de Gisèle Séguin, 2e édition, des Éditions du CHU Sainte-Justine
Les naissances au Québec et dans les régions en 2017 de l’Institut de la statistique du Québec
Naître et grandir de la Fondation Chagnon
« Surveillance de grossesses gémellaires monochoriales biamniotiques non compliquées » du Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Photo de couverture par Chris Liverani sur Unsplash.
